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Je suis venu mangeant et buvant. Ce
Royaume
Est sur Terre, dont je suis prophète et souverain.
Votre chair est ma chair divine et menacée.
Vos grands blés sont ma chair aussi. Le vin royal
Est mon sang. Tout le vin de la mer à l'aurore
Est mon sang.
Ces coupes très purs, ces lacs de ma patrie terrestre,
Je vous les tends. Buvez. Ils sont moi-même aussi.
Éteints tels jours grondants et lézardés de
foudre,
Consommé l'écroulement sourd des cieux de fer,
Flétries jusqu'à ces algues longues de fumées,
Flore dernière de vos champs vieillis, le Fils viendra,
Le fils reparaîtra fabuleux sur la cendre
Et dira :
***** «
Terre, ce masque effroyable et brûlé,
Je te l'ôte, et le jette aux plus anciens chaos !
*****«
Mère, qui tient brisé sur tes pauvres genoux
Ce corps de mon antique et roide humanité,
Il est temps de me voir sauf et ressuscité ! »
Homme, en ce jour suprême,
Point de trompe qui te cite au Jugement. Mais sonnent
Rayons stridents, rivières, comme aux printemps anciens.
Car Celui qui revient royal sur tant de cendre,
Homme, Il n'est point ton Juge. Il est Toi-même.
(Charles MASSONNE)
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